Quelle est de nos jours l'utilité du Yoga pour les enfants ?

 

On entend très souvent dire que les enfants ont beaucoup changé et que les adolescents sont de plus en plus précoces : ils sont devenus difficiles, ils ne respectent plus l’autorité, ils sont de plus en plus violents… et quand à leurs parents, eux ont démissionné.

Pourtant quand on travaille auprès de ce public depuis longtemps, on s’aperçoit que les enfants et les jeunes ont toujours les mêmes besoins et sont toujours à la recherche des mêmes attentes de la part des adultes et du monde environnant: que l’on puisse leur faire confiance, qu’on les aide à accompagner leur demande d’autonomie, qu’on les aide à construire des projets, qu’on les sécurise pour les aider à partir à la découverte de l’Autre, d’autres pays, d’autres cultures, sans angoisses et sans peurs.

Quand on échange également avec les familles, notamment lors de rencontres autour de la question de la parentalité, on remarque à quel point l’éducation des enfants, leur bien être, leur réussite (affective, scolaire…) est au cœur de leurs préoccupations.

Ce qui semble avoir changé c’est le monde dit moderne qui nous entoure. Une accélération des rythmes, un univers toujours plus « connecté », un « zapping » permanent qui permet de passer d’une chose à une autre, une accumulation des biens matériels et pourtant une perte de sens général. Après quoi courrons nous? Quel est le sens de tout cela? 

Les enfants qu’on dit souvent être comme « des éponges » absorbent et intègrent ce qu’ils entendent: le chômage ou le trop plein de travail allant parfois jusqu’au « burn-out », une perte des grands idéaux et des grandes valeurs politiques qui pouvaient encore donner du sens parfois à une partie de la Jeunesse. Pour avoir longtemps travaillé avec des adolescents, j’ai vu que certains d’entre eux se retrouvaient démunis devant la porte d’entrée de l’Âge ADULTE, qu’ils vivaient comme une montagne infranchissable. Face à cela il y avait pour les plus fragilisés un grand vide intérieur avec parfois une envie, une tentative même de vouloir en finir avec la Vie. Comme à la manière d’une plante, d’une petite pousse ou d’un pied de tomate qui donnera ensuite un merveilleux fruit, ils ont tous un grand besoin de cadre sécurisant, d'un « tuteur » qui les aide à ne pas pousser trop de travers.

Les enfants dès leur plus jeunes âges sont pris dans le tourbillon du rythme de la vie des adultes. Ils passent d’une activité à une autre, en vivant parfois des journées avec un trop pleins d’émotions : une fâcherie avec la copine Emma à la cantine; la punition collective donnée à toute la classe par le maître et qui n’était « vraiment pas juste »; le repas pris à toute vitesse à la cantine car vite vite vite il faut que le groupe des CM1 CM2 prenne lui aussi son repas; la grosse bagarre avec des coups entre deux copains pour une histoire de carte Pokémon et à la fin de la journée papa et maman qui ne semblent pas trop disponibles et qui parlent tout le long du repas de leurs problèmes au travail...

L’État a voulu lancer une très belle idée de départ de réformer les rythmes éducatifs sauf que le « rythme» des familles n’a quand à lui pas évolué : les enfants passent d’une activité à une autre, parfois sans aucune pause. Ils sont levés à 7h, école à 8h30, un repas pris souvent dans une cantine surchargée, des évaluations scolaires depuis l’école maternelle. Et puis après l’école il y a les activités « TAP », le périscolaire, et parfois à la suite les activités extrascolaires (la danse, le judo, le piano, l’anglais…) et au retour quand cela n’a pas été encore fait , il y a aussi les devoirs.

Toute cette question du temps, des déplacements en voiture, la façon de prendre son repas, la manière de gérer son stress, de prendre conscience de son état intérieur, d’apprendre à exprimer ses émotions, dire ce que l’on pense tout en respectant l’autre, c’est tout cela qui de nos jours reste essentiel.

La citoyenneté dont on parle souvent passe par le respect des autres pour vivre ensemble . Mais déjà sommes nous capables de nous respecter nous même ? On parle beaucoup et c’est très bien, de communication Non violente, mais comment reconnaître que nos peurs, notre colère intérieure peut nous amener parfois à des paroles, des gestes ou des pensées qui peuvent blesser l’autre ? Sommes nous capables d’effectuer ce retournement sur nous même, de prendre conscience de tous ces mécanismes ?

Pour remanier le titre du célèbre film d'Etienne Chatilliez : la vie n'est pas un long fleuve tranquille. Parfois quand il y a un danger pour soi, il faut aussi apprendre à se défendre. L'enfant peut écouter ses émotions et apprendre à les reconnaître: la peur est un ressenti une inquiétude qui appelle à la prudence. La colère peut parfois permettre de poser les limites de ce que l'on accepte ou pas, elle est garante du respect de soi. Apprenons à nos enfants à les envisager comme des messagères: qu'ont-elles à nous dire dans l'instant où elles surgissent?

Mon mari, (professeur de Yoga) me disait il y a quelques jours une chose toute simple : «  tu te rends compte que les enfants sont assis toute la journée à l’école alors qu’on ne leur a même jamais appris une chose essentielle : juste apprendre à s’asseoir… » Adopter une posture juste, en respiration. Tout comme il y a eu après guerre avec les congés payés la mise en place d’un grand mouvement d’éducation populaire, je crois qu’il y a une réelle utilité aujourd’hui à diffuser l’éducation Yoguique au plus grand nombre. Apprendre à se connaître par l’expérimentation des possibilités de son corps, de son esprit. 

Connaître son corps et en faire connaissance, sans le juger, sans le maltraiter. Faire expérience de ses sensations, apprendre à les reconnaître et à les maîtriser. Sentir la vie qui circule en soi, se poser, respirer, prendre le temps de s’écouter, se faire confiance. Échanger et communiquer, en soi avec soi même, avec les autres, avec la nature et même avec l’Univers (si si c'est possible !).

J’ai pour ma part fait des études de sociologie et d’anthropologie avec de grands idéaux de découverte de l’Altérité et des envies de voyage autour du monde. En découvrant le Yoga il y a plus de 15 ans, j’ai découvert un univers immense et plus grand encore que la planète entière. Car, sans partir à des milliers de kilomètres, tout est là, en soi. La pratique du Yoga nous remplit de joie, le vide intérieur qui peut venir d’une histoire personnelle qui a pu être douloureuse peut faire place, petit à petit à un état de sérénité intérieure et à des espaces des joies.

C'est comme un grand voyage au cœur de soi même.

C’est cela que je souhaite transmettre, c’est ce Grand Tout qui nous nourrit, pour toute notre vie. Transmettre le Yoga aux enfants et aux adolescents pour les accompagner dans cette expérience de la connaissance de soi, pour les aider à grandir, pour leur apprendre à découvrir cette « boite à outil » qui pourra les accompagner sur le chemin de leur vie.