Une journée avec « Emma Yoga » par Géraldine Constanza.

 

 

Il est 7 heures, Emma est dans son lit douillet, elle ouvre les yeux. Elle sent et elle apprécie la douceur de sa couette sur sa peau et elle s’étire: ses bras, ses jambes, ça pétille en elle c’est son corps qui se réveille tout doucement.

Comme c’est bon de prendre le temps de se réveiller et de commencer sa journée ainsi, en s’étirant et en baillant.

 

Puis comme un petit radar qui se met en route elle sent l’odeur des tartines grillées qui entre dans ses narines, l’odeur du café de son papa, à la fois désagréable et en même temps rassurante, une odeur qui lui est familière depuis sa naissance. Cela lui fait gargouiller le ventre et ça la fait saliver, elle sent bien ce petit liquide frais qui coule à l’intérieur de ces joues. Comme elle l’a appris à son cours de yoga où elle va depuis l’an passé, elle écoute le bruit de sa respiration, l’air qui entre et qui sort de ses narines. Elle regarde son ventre et son thorax qui se soulèvent légèrement. Puis, elle écoute les bruits du loin. Le camion de poubelle qui passe en haut de la rue. La chienne Maya des voisins qui aboie. Le bruit des bols et de assiettes, c’est maman qui doit vider le lave-vaisselle. L’eau qui coule dans la salle de bain, c’est sa grande sœur qui se prépare pour le collège.

 

Après s’être étirée comme un chat, Emma s’installe à table pour prendre son petit déjeuner. Papa écoute les informations à la radio. Elle essaie de rester concentrer sur ce qu’elle est en train de faire car elle n’a pas trop envie d’écouter tout ce qui se dit. La radio explique que des migrants sont arrivés dans la ville de Calais. Papa lui avait expliqué la dernière fois qui étaient ceux que l’on appelle « des migrants ». Emma a tout de suite dit que ce n’était pas juste que si ces gens devaient fuir leur pays on devait les aider. Son petit frère Basile a même dit à papa qu’on pourrait les accueillir dans notre maison, qu’on pourrait leur prêter la chambre d’amis. Papa et maman ont rigolé et ils ont dit que c’était plus compliqué que cela. Emma a pensé que c’est ce que répondent les adultes quand ils savent au fond d’eux, dans leur cœur, que les enfants ont raison. Ils disent : «  Tu ne peux pas comprendre c’est beaucoup plus compliqué que cela ! ».

 

Alors Emma décide de ne pas trop écouter la radio. Elle étale le miel doré et liquide sur sa tartine de pain, elle sent l’odeur de son chocolat chaud, elle observe les volutes de fumée qui se dégage du chocolat, c’est joli, ça fait comme une danse. Et elle déguste son petit déjeuner, comme si ce matin, c’était le premier petit déjeuner de sa vie. Quel régal !

 

Emma prend le bus tous les matins. Elle porte son lourd cartable sur le dos et elle essaie de tenir son dos bien droit et de ne pas trop se courber sous le poids de son cartable. Sa maman voulait lui prendre un cartable avec des roulettes mais l ‘école a dit que c’était interdit car une fois une maîtresse s’était pris les pieds dedans et elle est tombé. En plus comme il y a un escalier dans l’école, ils disent que cela n’est pas pratique, que ça fait trop de bruit quand ça roule . Il paraît que l’année prochaine au collège il y aura des casiers pour déposer ses affaires, ça serait quand même plus pratique et surtout ça pèsera moins sur son dos. Sa maman est toujours en colère quand elle parle de cette histoire de cartable. Elle dit que c’était déjà comme ça quand elle, elle était au collège. Elle dit que rien ne bouge alors que l’on sait que le mal de dos c’est le mal du siècle !

 

Il y a des soirs quand Emma a trop mal sa maman lui frotte le dos. Dans sa famille on appelle ça des « frichtouilles ». Et puis sa maman lui fait des petites caresses, ça lui fait beaucoup de bien, ça fait des petits frissons qui détendent.

 

Arrivée à l’école, dès la première récréation, les copines d’Emma n’arrêtent pas de se chamailler pour des petits riens : « il paraît qu’untel a dit cela, que l’autre a dit ceci », Emma essaie de leur expliquer que ça ne vaut pas la peine de se fâcher pour ça et qu’elles pourraient jouer toutes ensemble et profiter de la récréation sans se fâcher. Les copines en colère lui répondent méchamment : «  tu nous énerves MADAME JE SAIS TOUT!! » . Emma se sent blessée car elle essayait d’arranger les choses et c’est elle qu’on agresse. Elle rentre en classe et elle ne se sent pas bien pendant toute la matinée. Elle a un peu mal au ventre, elle se sent triste, elle a même un peu envie de vomir. Sa maîtresse lui demande ce qui ne va pas. Elle a observé qu’Emma ne semble pas comme d’habitude. Emma explique que ses copines lui ont dit des choses méchantes ce matin. Sa maîtresse l’écoute et Emma se sent déjà un peu mieux. Puis une fois la tristesse passée, elle réfléchit et elle se dit que la prochaine fois, elle essaiera de ne pas se mettre au milieu de ces histoires, elle laissera ses copines se débrouiller toutes seules. Et puis elle repense que cette tristesse c’est comme « la météo du cœur » le petit rituel que l’on fait en arrivant au cours de Yoga. En fait, les émotions c’est comme la météo, il se met à pleuvoir et quelques minutes après et bien le soleil revient. C’est changeant et jamais définitif. Elle se revoit le matin juste avant cette histoire où tout allait bien. Emma explique à sa copine Manon qu’elle a été blessée car c’est important de lui dire, c’est sa meilleure copine. Manon s’excuse lui disant qu’elle ne le pensait pas, qu’elle était énervée, elle a dit ça sans le penser vraiment.

 

Emma se sent à nouveau légère et contente d’elle. Elle réussi à exprimer ce qu’elle avait sur le cœur à sa maîtresse et à sa copine. En plus, comme Manon s’est excusée, c’est donc une vraie copine !

 

A la fin de l’école Emma rentre chez elle, il y a encore ses devoirs à faire. Comme elle doit apprendre une poésie, elle visualise sa poésie comme si c’était une cible. Elle se concentre comme si son attention était une flèche qui devait atteindre la cible. C’est une petite méthode que Géraldine l’animatrice de l’atelier yoga leur a appris pour apprendre les leçons. Ensuite, elle met ses mains en mudra ça s’appelle « faire hakini  mudra ». Tous ses doigts sont en contact, le pouce avec le pouce etc … Cela aide à mémoriser et à se concentrer. En fait ça marche bien et en plus c’est plutôt rigolo à faire. D’ailleurs, dès qu’elle en a besoin, quand elle se sent un peu « éparpillée ou énervée » , Emma utilise ce mudra pour se retrouver en soi, s’apaiser et remettre ses idées à l’endroit. Elle a aussi appris ce geste à ses parents et à sa grande sœur et d’ailleurs son papa a dit que lui aussi l’année prochaine il s’inscrira au yoga ça lui ferait du bien car il se sent trop stressé par son travail.

 

Emma se couche en pensant qu’elle n’a pas fait son petit exercice du soir : ses 3 petits kifs par jour. Comme elle avait tendance à ne retenir que les choses qui n’allaient pas, elle a vu une petite émission à la TV qui expliquait comment fonctionnait le cerveau. Çà disait que pour être heureux, il fallait entraîner son cerveau à voir le bonheur. Il y avait une dame qui expliquait qu’il fallait penser à 3 choses positives qui s’étaient passées dans la journée par exemple juste avant de se coucher, pour entraîner son cerveau à être heureux.

 

Les 3 kifs d’Emma ce soir :

 - sa copine Manon s’est excusée, Emma peut compter sur elle, c’est une vraie copine

- papa va se mettre au yoga on va pouvoir s’amuser à faire des postures et il va devenir plus zen

 - dans le bus ce soir, Emma a regardé par la fenêtre et elle admirait le ciel d’automne qui était magnifique c’était vraiment très très beau.

 

Emma s’endort sur la beauté de ce ciel moucheté de petits nuages, un ciel où se mélangent des couleurs rouges et dorées, un ciel magnifique qui donne de l’espoir.

 La beauté du monde est là juste sous nos yeux, tout dépend du regard que l’on porte sur lui.

« Je dois porter sur le monde un regard sans haine » Hayao Myasaki
« Je dois porter sur le monde un regard sans haine » Hayao Myasaki